Par Patrick Lancier
Istanbul — Pour l’investisseur international, le scandale Tera est d’abord une affaire de liquidité. Cent trente et un fonds turcs, gérés par sept sociétés et évalués par le ministre des Finances Mehmet Şimşek à 18,3 milliards de dollars (15,9 milliards d’euros), sont en liquidation. Leurs 455 758 porteurs attendront jusqu’à six mois pour savoir ce qu’il leur reste. Et le fournisseur d’indices MSCI, qui avait vu venir l’orage, pourrait en tirer des conséquences en novembre.
Le péché originel : l’illiquidité
Les fonds concernés, notamment ceux de Tera Portföy et de Pusula Portföy, avaient concentré leurs encours sur des actions rarement échangées. Faute de flottant, de petits achats faisaient grimper les cours ; les valorisations gonflées dopaient les rendements publiés et attiraient de nouveaux souscripteurs, dont l’argent venait soutenir les mêmes titres. Certains gérants empruntaient en gageant leurs actions pour en acquérir davantage. La hausse s’alimentait ainsi d’elle-même, jusqu’au jour où il a fallu rembourser : vendre dans l’urgence, c’était précipiter la baisse.
Les signaux d’alerte
Dès juin, MSCI avait mis en garde contre d’éventuels « échanges coordonnés » portant sur des participations de fonds liées à de petites sociétés turques cotées, susceptibles de fausser les prix, sans nommer Tera. En août, le régulateur turc durcissait les règles des fonds ; le titre Tera, qui avait gagné plus de 50 000 % depuis son introduction, accélérait sa chute. Le 16 septembre, les premiers défauts de paiement étaient reconnus.
La riposte d’Ankara
L’Autorité des marchés de capitaux a confié la supervision des cessions à İşbank et à Ziraat Bank, et porté le délai de vente de trois à six mois, afin de céder les portefeuilles « dans les conditions les plus favorables possibles ». La justice a arrêté le président de Tera, Emre Tezmen, et quatre autres dirigeants le 23 septembre ; ils restent présumés innocents. M. Şimşek assure que la crise ne gagnera pas l’ensemble du marché, les fonds concernés ne pesant que 10 % du secteur : « Nous avons placé la zone problématique en quarantaine. »
Ce que surveillent les gérants
MSCI a indiqué qu’il pourrait prendre d’autres mesures sur le traitement des valeurs turques dans ses indices s’il juge les progrès insuffisants lors de sa revue de novembre. Pour les allocataires exposés aux marchés émergents, c’est l’échéance à retenir.
En une phrase : Le scandale Tera met en liquidation 131 fonds turcs évalués à 18,3 milliards de dollars ; MSCI, qui avait alerté dès juin, pourrait revoir le traitement des valeurs turques lors de sa revue de novembre.
FAQ
Pourquoi ces fonds n’ont-ils pas pu rembourser ?
Leurs actifs étaient des actions peu liquides : les vendre rapidement aurait fait chuter les cours et réduit les sommes à rendre aux porteurs.
Que peut faire MSCI ?
MSCI a dit pouvoir envisager d’autres mesures sur les valeurs turques de ses indices si les progrès sont jugés insuffisants lors de sa revue de novembre.
La crise menace-t-elle tout le marché turc ?
Le ministre des Finances affirme que non : les fonds touchés représentent 10 % du secteur et la zone serait « en quarantaine ».