Par Patrick Lancier
Le risque, pour la Suisse, n’est plus seulement une colonne de chars. C’est un petit engin au-dessus d’une usine, d’un aéroport ou d’un laboratoire, souvent sans savoir qui le pilote.
À Thoune, le 27 août 2026, le chef de l’armée Benedikt Roos a donné des chiffres. Pendant le G7 d’Évian, environ 250 drones dans la zone interdite, une centaine brouillés, trois pilotes retrouvés. Sur une place d’armes, environ 100 survols en un mois, 20 non reconstituables. Roos a ajouté que des particuliers non enregistrés peuvent suffire.
Personne n’a aujourd’hui un filet sur tout le pays. L’armée voit. La police cantonale tire, parfois. Les premiers systèmes sont achetés, sans liste publique.
Si le Parlement et le peuple bloquent le financement, l’école de 2027 et le bataillon de 2028 restent un organigramme. Si l’on paie trop tard, le matériel peut déjà être dépassé : Pfister a dit qu’une technique peut vieillir en une à deux semaines.
Le centre projet Eiger n’a ni site ni budget propre. C’est le risque : une priorité écrite, pas encore une couverture.
Si Berne s’en tient à l’interdiction de survol et que l’Union pousse la détection, un écart de couverture s’ouvre sur l’énergie, le pétrole et les télécommunications. La directive (UE) 2022/2557 du 14 décembre 2022 sur la résilience des entités critiques (CER) impose aux entités critiques des mesures techniques, de sécurité et organisationnelles appropriées et proportionnées. L’article 13, paragraphe 1, b), vise la protection physique adéquate des locaux — clôtures, surveillance, équipements de détection.
La Commission européenne, communication COM(2026) 81 final du 11 février 2026 (Action Plan on Drone and Counter Drone Security), écrit qu’il est essentiel et urgent d’équiper les infrastructures critiques des derniers systèmes anti-drones. Les lignes directrices C/2026/3712 du 13 juillet 2026, pour l’application de l’article 13, paragraphe 5, encouragent la détection ; elles ne sont pas contraignantes. Ce n’est pas un ordre d’achat. La Suisse, hors Union, n’est pas liée. Neutraliser un drone reste, en règle, réservé à la police ou à l’armée.
Sources
- NZZ — 250 drones au G7 d’Évian
- 20 Minuten — 100 vols, 20 non reconstituables
- RTS — école 2027, bataillon 2028
- Directive CER (UE) 2022/2557 du 14 décembre 2022
- Commission — COM(2026) 81 final, Action Plan on Drone and Counter Drone Security
- Lignes directrices C/2026/3712 — détection encouragée au titre de l’article 13, paragraphe 5