L’Arménie gèle l’OTSC, le Kazakhstan reste allié : fractures post-soviétiques

« Par Patrick Lancier »

TL;DR — Le risque, cette semaine, n’est pas un communiqué de paix à Moscou. C’est la géométrie de l’espace post-soviétique pendant que Moscou reçoit la CIA et le Vatican. Lundi 24 août, Nikol Pachinian a dit au Parlement qu’Erevan n’avait « aucun plan de revenir à l’OTSC au cours des cinq prochaines années » et qu’il serait « très heureux » si l’Organisation du traité de sécurité collective décidait d’exclure l’Arménie — « cela nous libérerait du dilemme de partir ou non ». Armenpress, 24 août. Peskov : si Erevan n’a plus besoin de l’organisation, « elle est libre de prendre la décision correspondante et de se retirer ». TASS, briefing du 24 août. Le Kazakhstan, lui, reste membre. Le même 25 août où Ratcliffe atterrit à Vnoukovo, Astana abaisse sa cible pétrolière à 96 millions de tonnes à cause des attaques sur le CPC. Deux trajectoires. Une même zone de risque.

Erevan : gel, dilemme, demande UE en amont du référendum

Armenpress date le gel de la participation arménienne à l’OTSC du début 2024, Erevan reprochant au bloc de n’avoir pas tenu ses engagements de sécurité. Lundi, Pachinian a tranché le horizon 2026-2031 : pas de réactivation. Il a ajouté connaître des discussions internes à l’OTSC sur une possible exclusion. La phrase sur le « bonheur » d’être expulsé n’est pas un retrait notifié. Peskov le souligne : Moscou a entendu que la participation était gelée, mais « l’Arménie n’a actuellement pas l’intention de se retirer ». Armenpress, réaction Kremlin.

Le même jour, Pachinian a dit que le gouvernement commencerait « dans un avenir proche » le processus de dépôt d’une demande officielle d’adhésion à l’UE. Loi de mars 2025 sur le lancement du processus. Le référendum, a-t-il dit, n’est pas l’acte de lancement : il n’a de sens qu’après une feuille de route et une évaluation du réalisme des réformes. Il présente aussi le geste comme une réponse à l’appel du 29 mai des dirigeants de quatre pays de l’UEEA, qui demandaient un référendum « UE ou UEEA ». Armenpress. Peskov, le 26 août, a refusé de commenter la politique intérieure arménienne : « des processus très complexes ». TASS, 26 août.

Astana : allié, pas aligné sur le silence

L’OTSC, rappelle Armenpress, regroupe encore l’Arménie, la Russie, le Bélarus, le Kazakhstan, le Kirghizstan et le Tadjikistan. Le Kazakhstan n’a pas gelé sa participation. En juillet — donc un mois avant cette semaine, et on le date — Kassym-Jomart Tokaïev a dit à Poutine, à Omsk, qu’il était « peut-être temps de geler ce conflit » et de revenir à la « formule Istanbul 2.0 », tout en réaffirmant une « relation d’allié ». Peskov avait répondu que le Kremlin n’était pas d’accord, mais que le Kazakhstan restait « notre partenaire le plus proche et notre allié le plus proche ». Euronews, 26 juillet.

Le 25 août, le coût de la guerre pour Astana est devenu un chiffre de production : cible 2026 abaissée à 96 millions de tonnes après les attaques sur le CPC. TASS. Kazakhstan Today : environ 3,5 millions de tonnes perdues. Le pipeline caspien sort le pétrole kazakh par un terminal russe. Rester allié n’isole pas Astana des drones. C’est un risque d’alliance, pas une rupture notifiée.

Ce que Peskov met en face du pivot européen

Sur l’UE, le Kremlin ne joue pas seulement la carte OTSC. Peskov a dit qu’une demande d’adhésion forcerait Erevan à aligner commerce, normes phytosanitaires, douanes — en contradiction avec l’UEEA — et que les « profondes contradictions » nuiraient « d’abord à l’Arménie ». Il a renvoyé à l’« expérience » de la Türkiye. Euronews ajoute un autre dossier sourcé lundi : Pachinian a demandé à Moscou de renoncer à la concession monopolistique des chemins de fer arméniens (jusqu’en 2038) pour les brancher sur des réseaux internationaux, avec le Kazakhstan ou les Émirats comme investisseurs possibles. Euronews, 25 août. On attribue. On n’invente pas un accord ferroviaire.

Lecture risque, sans verdict inventé

Une OTSC où un membre gèle et souhaite l’exclusion, pendant qu’un autre reste allié mais subit le CPC et a déjà demandé un gel de la guerre, ce n’est plus un bloc homogène. Ce n’est pas non plus une dissolution. Aucune notification de retrait n’est enregistrée par Moscou. Les visites Ratcliffe et Gallagher ne portent pas, dans les sources, sur l’OTSC. On ne leur fait pas dire le contraire. Le risque est dans la carte, pas dans un communiqué de sommet.

FAQ

L’Arménie a-t-elle quitté l’OTSC ?

Non. Participation gelée depuis début 2024. Pachinian : pas de réactivation sur cinq ans. Peskov : pas de notification de retrait.

Le référendum UE a-t-il eu lieu ?

Non. Pachinian le place après une demande officielle et une feuille de route.

Le Kazakhstan quitte-t-il l’alliance ?

Non dans ces sources. Il reste membre. Tokaïev a demandé un gel de la guerre en juillet tout en parlant d’allié.

Quel chiffre lie Astana à la guerre cette semaine ?

Cible pétrole 2026 abaissée à 96 millions de tonnes après les attaques sur le CPC (TASS, 25 août).

Sources


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